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Interview
Finance à impact

Finance à impact : 3 questions à Patrick Sapy, directeur général de FAIR

Publié le 20 septembre 2021 - Mise à jour le 21 septembre 2021
Mouvement récent en France, la finance à impact connait un développement croissant et une forte actualité. C'est dans ce contexte qu'est née FAIR, fusion de Finansol et de l'Impact invest Lab. Tour d'horizon avec Patrick Sapy, directeur général de l'association

Mouvement récent en France, qu’est-ce que la finance à impact ? et quelles sont ses perspectives de développement ?

La finance à impact s’est développée en France, comme dans le reste du monde, depuis une petite dizaine d’années. Issue au départ des pratiques philanthropiques, elle s’est rapidement étendue à l’industrie financière même si elle ne représente qu’une partie microscopique des investissements mondiaux. On peut considérer que sa forme primitive, en France, est incarnée par la Finance Solidaire qui se rapproche beaucoup de la finance à impact.


La finance à impact a été définie en France pour la première fois en 2014 par le Comité consultatif Français sur l’investissement à impact. Ce groupe, qui avait sa place au sein d’une taskforce sur l’investissement à impact en marge du G7, a publié un rapport avec des recommandations pour développer l’investissement à impact en France. A cette époque, l’investissement à impact était défini comme « un investissement qui allie explicitement retour social et retour financier sur investissement. L’investissement à impact social implique en conséquence l’établissement d’objectifs sociaux prioritaires et spécifiques dont l’impact est mesurable par un processus continu d’évaluation. Ces investissements peuvent être réalisés dans tous types juridiques d’organisations ayant un modèle économique pérenne, et viser des niveaux de rémunération s’étendant de l’absence de rémunération à des rendements proches du marché ».


En 2016, l’Impact Invest Lab (iiLab) a été créé pour travailler sur les propositions de ce comité (dont les contrats à impact social) et participer au développement de l’investissement à impact en France.
Depuis, des travaux ont été menés sur la définition de l’investissement à impact en France par le FIR (Forum pour l’Investissement Responsable) et France Invest auxquels se sont ralliés Finansol et l’iiLab. Cette définition décrit de manière plus exigeante les trois critères de l’investissement à impact à savoir l’intentionnalité, l’additionalité et la mesurabilité. Par ailleurs, suite aux travaux sur le Centre français de l’investissement à impact initiés par le Haut-Commissariat à l’ESS en 2020, Finansol et l’iiLab ont fusionné pour créer FAIR, une fédération d’acteurs travaillant sur l’investissement à impact, et le gouvernement a lancé 4 groupes de travail au sein de Finance For Tomorrow, une association d’acteurs financiers de Paris Europlace, sur ce sujet qui devrait mener au développement du secteur.
Enfin, l’état des lieux de l’iiLab chiffre l’investissement à impact à 4,4 milliards d’euros d’encours en 2020 (chiffres de 2019) avec 1,9 milliards de flux d’investissement sur l’année. Cet encours progresse de 10% par an, puisqu’il représentait 4,0 milliards en 2019 (chiffres de 2018) ce qui montre le dynamisme du secteur qui montre une croissance à deux chiffres depuis les trois ans que cet état des lieux est mesuré

Dans ce contexte, quelles sont les missions de FAIR et comment souhaitez-vous contribuer au développement de la finance à impact ? 

Fair est né de la fusion de Finansol, acteur historique de la finance solidaire et de l’Impact Invest Lab, plateforme d’expérimentation. S’appuyant sur son réseau de 111 membres, FAIR aspire à une économie qui replace la personne au centre de son développement et agit, en France et à l’international, pour une finance inclusive au service d’un meilleur impact social et environnemental.
FAIR est positionné de manière très singulière dans le paysage de l’investissement à impact social, FAIR c'est :

  • Un collectif de praticiens : vous allez y retrouver des entreprises sociales qui ouvrent leur capital, des sociétés de gestion, des établissements financiers, la Caisse des Dépôts, des écoles et des réseaux, des entreprises ou des personnalités engagées ;
  • Un Label, le label Finansol, qui a plus de 25 ans d’expérience dans la reconnaissance de produits d’épargne solidaire (plus de 20 Mds d’Euros) auprès du grand public. Au travers du Label Finansol, FAIR contribue à mieux faire connaitre aux citoyens la Finance à Impact.
  • Un réseau qui est incarné non seulement par ses membres, mais également par les projets d’utilité sociale financés par cette finance au service du bien commun
  • Une plateforme d’expertise et d’innovation qui s’appuie sur le partage de pratiques, plutôt exigeantes, entre ses membres et valorise les données relatives à la Finance à Impact Social
  • Nous agissons par notre plaidoyer en faisant des propositions pour adapter le cadre règlementaire ;
  • Un collectif inséré dans les réseaux internationaux de manière à pouvoir témoigner de l’expérience française et de se nourrir d’autres pratiques.

En bref, nous souhaitons pouvoir être un collectif exigeant et reconnu sur la Finance à Impact en témoignant d’une pédagogie par l’exemple nourrie des pratiques. C’est un moyen de décomplexifier les discours, souvent très techniques autour de ces sujets.

Un des grands enjeux de la finance à impact est la mesurabilité des investissements… où en sont les financeurs à impact sur le sujet, quels outils et méthodes existent aujourd’hui ? 

Cette question est à forts enjeux et présente des difficultés à la fois théoriques et pratiques : il est donc complexe d’y répondre simplement…. Sans additionnalité, par exemple dans une situation où les investisseurs sont interchangeables sans effet sur les caractéristiques du financement ou sur le projet financé, l’impact tombe théoriquement à zéro ! Mais alors, comment faire pour avoir de l’additionnalité ? Comment l’évaluer, et se l’attribuer ? C’est une question qui reste ouverte.
Mesurer la contribution de la finance à impact à l’atteinte d’objectifs sociétaux, tels que les Objectifs de Développement Durable de l’ONU, est un des enjeux centraux de ce secteur en plein développement. Mais comment dire qu’un résultat est bon, quand il n’est pas associé à une cible qui est contextualisée et associée, par exemple, à un objectif régional de réduction du chômage ?
Sur le volet des outils et des méthodes, il y a sensiblement autant de nouveaux outils que de nouveaux acteurs dans le secteur, signe de sa richesse et de sa diversité ! Quelques initiatives semblent devenir plus globales, comme celle des « Impact Principles » de la SFI ; elles valorisent souvent les enjeux de gouvernance et l’amélioration continue des pratiques de gestion de l’impact. Bref, aucune solution miracle ! FAIR valorisera les initiatives qui semblent correspondre à son exigence en matière de mesure de l’impact sans toutefois réinventer un nouvel outil.

 

Thématiques

Évaluation de l'impact social
Finance solidaire Investissement à impact

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